• A l’origine, un fétiche était un objet auquel on attribuait des pouvoirs magiques. Le mot vient du portugais fetisho, qui signifiait ‘talisman’. Il s’agissait d’objets que les explorateurs portugais du quinzième siècle rapportaient d’Afrique, en racontant des histoires sur leurs effets aphrodisiaques. On pense que pendant la préhistoire la vue de tout objet fabriqué provoquait des sentiments d’angoisse et de soumission. Les plus anciennes œuvres d’arts sont des objets et des images liés à la sexualité.

    Attachement et désir sexuel

    Le fait de collectionner des objets, qu’il s’agisse de timbres, de pièces, ou de livres, est une activité universelle, qui commence souvent dès le plus jeune âge, et qui peut parfois prendre des proportions démesurées.
    Beaucoup d’objets ont pour nous beaucoup plus de valeur que leur simple utilité. Un nourrisson peut déjà éprouver des sentiments d’attachement très fort par rapport à un chiffon ou à un nounours. Ces sentiments continuent à se développer pendant la jeunesse et se manifestent chez les adolescents par un besoin très fort d’affirmer leur identité en portant certains habits ou un modèle particulier de chaussures. Plus tard, le besoin d’attachement se manifeste surtout par l’importance que les gens accordent à certains objets dans leur environnement.

    Le grand malentendu

    On pense généralement –à tort- que les femmes sont moins fétichistes que les hommes. Dans le sens général du mot –le fait d’être attaché à ou excité par des objets-, les femmes sont aussi fétichistes que les hommes. Les femmes sont tout aussi capables que les hommes d’être émoustillées par la vue d’objets tels que des habits, des chaussures, ou des bijoux (souvent, il s’agit des leurs). Dans ce sens, on pourrait même qualifier certains magazines féminins haut de gamme de pornographie soft.

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  • Cette année-là, Dim lance ses premiers collants, emballés dans des petits cubes de couleurs et surtout pas chers. Un an plus tard, 90 % des femmes les ont adoptés. Explications Le produit fait très vite recette En 1968, les collants “Tels quels”, synonymes pour les femmes de liberté, détrônent les bas du même nom lancés un an plus tôt.

    Ils s’appelaient “Tels Quels”. Ils étaient non repassés, conditionnés dans de petits cubes de couleurs, pas chers. Et surtout, ils renvoyaient aux placards le couple “bas/porte-jartelles” en cette période l’émancipation revendiquée par les femmes. Ils ? Ce sont les premiers collants démocratisés par Dim en 1968. L’histoire commence en fait en 1953. Cette année-là, Bernard Giberstein fonde, à Troyes, une société de bonneterie. Cinq ans plus tard, il se lance dans le bas ; un bas chic et peu coûteux qu’il baptise le “Bas dimanche”.
    “Tout de suite, le produit descend dans la rue par l’intermédiaire des DS 19 des représentants de la société sur le côté desquelles est peinte une longue femme allongée”, relate l’historique de la société. Chaque année, un défilé est par ailleurs organisé dans Paris. Et très vite, l’article fait recette. Mais pas question pour le fondateur de rester jambes croisées. En 1962, il innove avec un bas sans couture avant d’alléger, en 1965, le nom de l’entreprise sur les conseils de Publicis, son agence de publicité. Le “manche” tombe laissant “Dim” seul, simplement.
    Plus court mais tout aussi énergi que ! Car l’entreprise continue bel et bien de bouleverser le marché avec son “bas de secours” - les bas sont désormais vendus par trois -; ses bas proposés en chapelet (dix pour dix francs); puis, en 1967, ses bas “Tels Quels”, commercialisés ni apprêtés, ni repassés, roulés en boule dans un nouvel emballage : un cube avec un ajour, pour voir la couleur du produit. Dans la foulée, la minijupe entraîne une autre révolution : celle du collant, synonyme, pour les femmes, de liberté. Ils apparaissent chez Dim en 1968, également conditionnés dans des cubes et surtout accessibles à toutes grâce à un prix défiant toute concurrence. Opaques et de couleurs, ils deviennent des articles de mode incontournables et, la même année, ils filent aussitôt sur le petit écran pour une première publicité. Des jeunes filles se promènent sur un tandem en chahutant sur la musique de l’émission dim dam dom (musique qui sera remplacée dès 1970 par le fameux “ta-ta-ta-ta-ta-ta”, ré-sol-la-si-ré-mi, fidèlement associé à la marque). Et c’est le rush : un an plus tard, 90 % de la gent féminine les ont adoptés !
    Dim va dès lors tout mettre en œuvre pour conserver “un collant d’avance” en multipliant les innovations (maille variable, fantaisie, superfin, Dim slip…). Après s’être diversifiée dans la lingerie en 1975, l’entreprise propulse en 1986 ses “Dim up”, les fameux bas qui tiennent tout seuls puis les collants Diam’s… Une vraie success story pour cette société qui traverse toutefois aujourd’hui une période de turbulences, en particulier depuis janvier, date à laquelle l’américain Sara Lee à qui elle appartient depuis 1989, a annoncé vouloir céder sa branche textile européenne…

    Ainsi soient-elles

    En 1968, alors que collant et minijupe gagnent du terrain, les femmes plaident pour leur émancipation il souffle en 1968 un vent certain de contestation en France comme dans de nombreux autres pays. “ Il est interdit d’interdire ”, reprennent en chœur les féministes qui partent en guerre contre la “ femme-objet ” : “ Notre corps nous appartient ”, clament-elles. Beaucoup de jeunes femmes abandonnent un temps, en France, le port du soutien-gorge comme aux États-Unis où elles jettent dans les “ poubelles de la liberté ” ce symbole de leur “ aliénation ” au même titre que les talons hauts, les faux cils, les porte-jartelles, les gaines…La romancière Benoite Groult, auteur en 1975 de l’essai féministe “ Ainsi soit-elle ”, reconnaissait en 2003 en évoquant cette époque : “ On pouvait s’habiller comme on aimait, en hippie, en baba cool… On portait gaillardement les collants si pratiques que les hommes n’aimaient pas. On se réconciliait avec son corps tout entier. Avec ou sans soutien-gorge, on se trouvait belle ! ” Simone Pérèle lance alors des sous-vêtements invisibles, confortables, sans froufrou ni armature. Exactement ce que la gent féminine attendait… 1968 marque par ailleurs l’arrivée sur le marché de la première petite culotte avec motifs, transferts imprimés et même des Mickeys, signé Etam. Une lingerie junior inspirée des Swinging Sixties londoniennes et de la fraîcheur hippie… Mais le temps a fait son œuvre et la mode n’est plus tout à fait ce qu’elle était : les Françaises sont aujourd’hui les plus grandes consommatrices de lingerie au monde devant les Britanniques et… les Américaines !

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  • Deux types de fétiches vestimentaires : les enveloppants et les attachants

    Si on se fie à la littérature et à l'expression fétichiste, parmi les sous-vêtements figurent en bonne place les porte-jarretelles, les bas, les culottes, les strings, les bodys, les soutiens-gorge, les corsets, les gaines et les guêpières. En moindre fréquence les jupons et combinaisons. On s'aperçoit rapidement qu'il y a plusieurs types de fétiches dans le vêtement féminin ; il y a "l'enveloppant" qui cache le corps ou une partie du corps et il y a "l'attachant", que le fétichiste va percevoir comme une contrainte imposée au corps de la femme, à la partie du corps concernant le fétiche.
    Le plus universel, le plus admis des fétiches dans la société contemporaine occidentale demeure les bas et porte-jarretelles. Ce dernier a la caractéristique de laisser bien en vue la culotte qui cache le pubis et préserve encore la réalité de la castration de la femme. Mais il possède également une autre caractéristique : celui de s'attacher sur le corps de la femme. A ce titre le porte-jarretelles a une double vocation fétichiste : "enveloppant" par la culotte qu'il met en valeur, et "attachant" par son système de fermeture. C'est peut être la raison de son élection unanime au rang de fétiche universel.
    Les collants, qui dans la vie pratique ont remplacé les bas et les porte-jarretelles, ont peu, contrairement à ces derniers, retenu l'attention des fétichistes. Il y a plusieurs raisons à cela : si les collants, comme les gaines et les culottes appartiennent à la catégorie des sous-vêtements enveloppants, ils présentent, contrairement aux précédents, l'inconvénient majeur d'être transparents ; ainsi ils ne jouent pas la fonction attendu du voile couvrant l'illusion phallique.
    Cette différence entre les sous-vêtements enveloppants et les attachants tend à valider en partie l'hypothèse freudienne et son interprétation du phallus manquant : l'enveloppant est un vêtement, qui, par sa fonction de couverture des jambes et de la taille protège le fétichiste de la vérité de la castration de la femme. Si l'on essaie de comprendre le rôle et le mode d'action des autres fétiches ordinairement élus la catégorie des fétiches attachants, on remarque qu'il ont tous une particularité surprenante : tous usent d'agrafes, de boutons ou d'attaches. Tous ont un aspect plus ou moins contraignant, tous sont "attachés" d'une manière ou d'une autre sur le corps de la femme.
    Le porte-jarretelles s'agrafe au niveau des reins et les bas y sont fixés par des attaches. Le soutien-gorge est agrafé, maintenu par une attache dans le dos. Il est évident que si ce dernier est un allié des poitrines, il est aussi un agent perçu comme contraignant par le fétichiste, comme un "carcan" qui donne l'impression d'emprisonner la femme, de réduire ses mouvements. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les féministes des années soixante-dix ont choisi de brûler leurs soutiens-gorge et non leurs culottes en place publique.
    Cet attachement dans le dos joue un rôle déterminant dans le sens que donnera le fétichiste à son fétiche élu. Il semblerait que plus la perception de contrainte qu'exerce le fétiche sur la femme paraît grande au fétichiste, plus l'attirance au fétiche soit importante. Le corset en est un exemple flagrant : non seulement il a pour mission de restreindre la taille, mais il restreint également les mouvements, la démarche, la respiration. Il souligne la poitrine en renvoyant, une fois de plus, à l'animalité : la taille de guêpe. Son laçage s'effectue également dans le dos et nécessite souvent l'intervention d'une autre personne. Le corset fait partie de la panoplie du couple SM, son fétichisme est très souvent lié à une pratique masochiste.
    Si l'on quitte la catégorie des sous-vêtements pour passer aux vêtements retenus par les fétichistes comme objets érotiques, on s'aperçoit rapidement que la jupe et la robe sont relativement peu élues, sauf particularité liées à l'historique du sujet, alors que le tablier et la blouse se rencontrent avec une grande fréquence. Le tablier se noue, s'attache, généralement dans le dos, tout en signant une fonction, une condition subalterne, une condition de contrainte.
    La blouse, elle, est également retenue, bien qu'elle ne s'attache pas forcément. Toutefois certains fétichistes des blouses font de la ceinture une condition indispensable à l'attrait du fétiche. Le foulard, lui, qu'il soit carré Hermès ou voile oriental, se retrouve avec une fréquence non négligeable. Il se noue également, il est de plus, en effaçant la tête du sujet, son identité, un signe de soumission.
    En ce qui concerne les chaussures, de la chaussure plate aux cuissardes à hauts talons, elles semblent être un fétiche universel. Même si son rapport avec les pieds et la symbolique du phallus semble évident, il ne faut pas oublier que les chinois, grands amateurs de petits pieds, faisaient subir à leurs compagnes de grandes contraintes pour parvenir au formatage "érotique" des pieds atrophiés. Un gadget favori des jeux sadomasochistes est celui de la chaussure aux talons vertigineux, contraignants. La chaussure est parfois verrouillée, cadenassée, impossible à enlever. On peut dès lors s'interroger sur la symbolique du pied et de la chaussure quand on constate qu'ils sont un signe renvoyant autant à la contrainte qu'au pénis ou au vagin. Les significations s'harmonisant d'ailleurs fort bien l'une et l'autre.
    Contraintes donc que tous ces fétiches. On le voit, on retrouve nombre de fétiches vestimentaires utilisés dans les jeux masochistes. Il y a, partant du fétichisme, tout un glissement vers le masochisme et le travestisme. Ce n'est pas sans raison que la psychanalyse a fait du fétichisme "la perversion de base". Est-elle pour autant la "mère" des perversions, celle dont découlent toutes les autres ? Ce serait peut-être une erreur de considérer le fétichisme à l'origine des autres perversions, de le voir comme la perversion "première".
    Cette conception du fétichisme comme perversion première, servant de support aux autres perversions n'est pas gratuite. Si tous les courants psychanalytiques s'accordent aujourd'hui à cette vision première du fétichisme, cela est dû au fait que la théorie analytique situe l'origine du fétichisme au phallus de la mère. Ainsi, malgré les contradictions rencontrées, le prisme interprétatif domine.
    Malgré tout, certaines vérités indéniables apparaissent au grand jour : les perversions prennent naissance dans une phase pré-œdipienne, cela plus personne ne songe à le nier. Mais, cette source pré-œdipienne doit rester sous l'angle phallocentrique. Ce phallocentrisme doit rester le moteur maître de la théorie. Tant chez Lacan que chez Freud, c'est à partir du phallus de la femme que vont se développer les théories des perversions. Il faut reprendre un instant cette notion de différence de formes du fétichisme d'objet enveloppant et attachant et la développer plus amplement.

    Il a été vu que la série des premiers (robes, combinaisons, jupes, jupons, culottes, gaines) ne portaient pas en eux de charge agressive et qu'ils peuvent très bien apporter la confirmation de la théorie freudienne du phallus féminin manquant.
    Dans la seconde catégorie, celle des "attachants" (corsets, soutien gorge etc…) il y a une liaison avec l'agressivité. Dans le cas des "attachants", le facteur agressif lié aux fétiches trouve certainement son origine dans une pulsion sadique, une pulsion d'emprise.
    Faut-il, partant de là, envisager la première catégorie, celle des fétiches "enveloppants" uniquement comme des fétiches en rapport avec la castration et le déni, et la seconde, la catégorie des "attachants" comme non issue d'un mouvement psychique, mais reliée à une pulsion d'agressivité ?
    Cette pulsion ne pouvant avoir comme origine qu'une pulsion d'emprise que l'objet fétiche réaliserait à distance. Que cette pulsion puisse être retournée en son contraire, dans le masochisme n'est pas à exclure.
    Certaines formes de fétichisme d'objet n'auraient donc plus pour origine première un mouvement psychique, le déni, mais une origine pulsionnelle entraînant le phantasme sadique. Ce qui touche quand même à l'économie du "phallus", mais qui éclaircit la question de "graduation" du rapport érotique au fétiche. Le facteur quantitatif pulsionnel pouvant alors donner un fétichisme "ordinaire" ou un fétichisme "pervers".
    Car il paraît évident que le rapport au fétiche n'est pas un rapport uniforme et constant de la charge érotique et émotionnelle : chez certains sujets le fétiche sera le support d'une excitation sexuelle, une mise en condition, un adjuvant à l'érection et il constituera parfois chez d'autres une sexualité complète.
    Entre les deux, tout un jeu de graduation est en place.
    Il faut se rappeler les deux exemples cités en début de chapitre, les lunettes et le plumeau : le fétiche est utilisé comme agent érogène, il ne constitue pas une sexualité complète. C'est bien l'acte sexuel de pénétration qui est désiré, voulu et accompli, le fétichisme est mêlé à un processus sexuel, il ne constitue pas une sexualité en lui-même.

    Si le fétiche est le signe de quelque chose, il ne vient peut-être pas toujours en remplacement d'un manque. Il est peut être aussi agent d'une volonté de possession, d'une pulsion d'emprise qui trouverait son aboutissement dans le fétiche. Car si l'hypothèse freudienne s'avère exacte pour tous les fétichistes, la question qui se pose est la suivante : comment le fétichisme peut-il être chez certains sujets un simple stimulus sexuel, pour d'autres une composante importante de la sexualité, et pour certains enfin une sexualité complète ?
    Ce qui invite à attribuer certains fétichismes à une origine pulsionnelle plutôt qu'à un mouvement psychique de défense, est le fait que le "déni" n'est pas graduable : il est ou il n'est pas !
    Il y a dans le fétichisme quelque chose qui n'est pas encore compris, quelque chose qui ne rentre, à l'heure actuelle, dans aucune " théorie ", si élaborée soit-elle. Le fétichisme de matière reste encore entièrement à expliquer. Ce que l'on peut par contre constater, c'est une volonté de vouloir l'intégrer à un "système" phallocentrique de fonctionnement du psychisme.

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