• Au Vigan, Well continue de baser sa stratégie sur l'origine France

    Si les sous-vêtements, que Well a intégrés ces dernières années, proviennent d'Italie, Well continue de produire une bonne part de ses collants au Vigan, ainsi qu'une petite partie de la production Le Bourget. Plus que jamais, et à l'heure où on parle de réindustriualisation, le groupe auquel la marque viganaise appartient s'accroche à ce choix. Même si communiquer sur quelque chose qui a toujours été offre moins de visibilité qu'un coup médiatique dans l'air du temps...

    Le collant le plus vendu de France est toujours produit au Vigan. Well l'affiche fièrement sur son usine de Tessan, à l'entrée est du bourg, et compte bien insister pour le faire savoir, à une époque où le Made in France apparaît comme plus vertueux, que les raisons en soient environnementales ou sociales. En 2010, le tribunal de commerce avait préféré un groupe italien, CSP International, qui souhaitait conserver une activité au Vigan, à un autre italien, Golden Lady, qui souhaitait fermer le site viganais. Naît alors CSP Paris Fashion, qui réunit, sous une même bannière, le Cévenol Well et l'Axonais Le Bourget.

    "Le Bourget est presque centenaire, tandis que Well va vers ses 60 ans (*), réunit le PDG de CSP Paris Fashion, Thierry Simon, de passage au Vigan. Pourquoi parvient-on encore à exister en France ? Avant tout parce que ce sont deux belles marques, qui proviennent de deux bastions textile importants. On a dû faire évoluer la marque au fil du temps, la remettre dans la modernité et adapter son processus industriel. Au contraire de ceux qui avaient un savoir-faire mais n'avaient pas de marque."

    Faire évoluer la marque supposait aussi imaginer une stratégie qui articule les deux entités, Well et Le Bourget, "afin qu'un plus un fasse plus de deux", plaide le PDG des deux marques. "Tout ce qu'on peut mutualiser, on essaie de l'optimiser. Et nos actionnaires sont des industriels, pas des fonds de pension. Notre stratégie d'expansion est basée sur le croissance."

    De quoi apporter un peu de stabilité à l'entreprise, dont les soubresauts et les plans sociaux ont rythmé la vie du Vigan, entre la fin des années 80 et la reprise, en 2010. Et même un peu après... En 2006, Le Monde annonçait même "la fermeture de (l')usine du Vigan d'ici deux ans". "Nous avons souhaité rendre globale nos marques, en ramenant la lingerie ou les chaussettes aux côtés des bas." Une diversification qui représente aujourd'hui 35 % du chiffre d'affaires de la marque.

    Au moment de la reprise, en 2010, les deux marques Welle et Le Bourget pesaient 26,5 % du marché. C'est 30,8 % aujourd'hui. Dans le même temps, la part du leader, Dim, est descendue de 44 à 42 %. "Sur les métiers de la diversification, comme les appelle Thierry Simon, on est rentrés dans le trio de tête du marché." "Depuis qu'on a repositionné notre offre, on a multiplié par trois notre valeur ajoutée", abonde Leonello Giorgi, directeur industriel des sites viganais et qui a connu toutes les péripéties du lieu. Aujourd'hui, bas et collants sont restés au Vigan. Mais la lingerie est commandée en Italie, selon les critères de Well, tout comme "le bodywear et les chaussettes, la corsetterie pure et dure vient d'Asie, détaille Thierry Simon. Mais je tricote 95 % de mes produits et en finis presque 100 % au Vigan. Nous, on ne peut pas dire qu'on ré-internalise l'activité, on n'est jamais totalement partis !"

    Sans la citer, Thierry Simon vise les campagnes du leader du marché, Dim, annonçant à grands renforts de communication une réimplantation extrêmement marginale en France. "Aujourd'hui, en partant de zéro, il est quasiment impossible de faire du Made in France, argumente Thierry Simon. On fait de la manufacture et on a toujours fait du made in France."

    Un "produit en France" qui se veut plus vertueux, sous l'influence des démarches de Responsabilité sociale des entreprises (RSE). Well a connu un échec commercial avec la série "Mes gambettes aiment la planète", à la production plus écologique, y compris dans le type de carton utilisé. Thierry Simon soutient que cela ne doit pas freiner l'entreprise dans ses ambitions environnementales, quand "l'industrie de la mode fait partie des cinq plus polluantes du monde, souligne Thierry Simon. En 2018, j'ai emmené le groupe dans une démarche RSE, en obtenant une labellisation Écocert et en investissant dans des collants meilleurs pour les femmes et pour la planète."

    Une démarche que les deux dirigeants souhaiteraient voir reconnue. "Avec un collant, les femmes portent vingt grammes sur elles. En tant qu'industriel, je suis favorable à ce qu'on étiquette tout en matière d'environnement." "Demain, supplée Thierry Simon, il faudrait un "Créa-score" semblable au Nutri-score. Parce que l'achat de vêtements ne va pas baisser tout de suite : les générations d'aujourd'hui sont sur les réseaux sociaux, ils ont besoin de se mettre en scène tous les jours. En 2035, la moitié des textiles vendus seront de la seconde main !" Thierry Simon garde néanmoins l'espoir dans l'innovation. "Quand on voit ce qu'est devenue la culotte menstruelle, qui aurait imaginé cela il y a cinq ans ? Il y a toujours de l'innovation. Nous, en 2024, on va révolutionner la présentation de nos produits, en les présentant façon bibliothèque, ce qui permettra de rentrer plus de références, notamment des produits les plus vendus."

    Entre marque qui résiste mais marché du collant qui reste baissier, le secteur attirerait à nouveau des hauts diplômés, selon le PDG de Well. "Depuis cinq ans, on revoit de jeunes ingénieurs revenir travailler chez nous. On féminise aussi les effectifs. On travaille dans une certaine sérénité." Loin des années, affirment les dirigeants, où "les mutations en profondeur n'avaient pas été faites. La dureté des débats s'est apaisée, on a des points de divergence avec les syndicats, mais aussi de convergence..." "Depuis 2020, la problématique des ressources humaines s'est plutôt portée sur les anciens qui s'en vont, explique le directeur du site viganais, Leonello Giorgi. On a mis en place une politique de recrutement. Depuis trois ou quatre ans, on embauche dix à douze personnes par an." Sur une entreprise qui fait désormais travailler 145 personnes en CDI, près de 10 % des effectifs sont ainsi renouvelés chaque année.

    Une vingtaine de personnes supplémentaires sont susceptibles d'aider la production lors des coups de collier des mois d'automne et d'hiver. Well assure ainsi un chiffre d'affaires de 40 millions d'euros, sur les 63 M€ du groupe. Et sans vélléités de départ. "L'éloignement nous pose quelques problèmes malgré tout, tempère Thierry Simon. Mais certaines choses bougent au coeur du territoire." "Et puis, installer l'usine à Montpellier pour être plus près des axes, ça ne changerait pas grand-chose", conclut Leonello Giorgi.

    (*) La marque Well est née en 1972 mais est issue de l'entreprise Bas de France, lancée en 1927.

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